L'université à la croisée des chemins

Le script de la chronique :

L'université française est à la croisée des chemins, et l'université à la française également. Le premier objectif est d'attirer de nouveau les bacheliers les plus brillants à l'université.

Actuellement ils s'en détournent...

C'est en tout cas ce dont se plaignent ouvertement beaucoup d'universitaires. Sauf en médecine ou, dans une certaine mesure, en droit. Mais les filières sélectives publiques ou privées triomphent. Filières publiques comme les IEP, les sciences Po de province, mais aussi les classes préparatoires, les IUT, les BTS, à l'université les bilicences... Filières privées avec la formidable croissance de ce secteur - il a augmenté ses effectifs de 50% au cours des dix années écoulées.

D'où la multiplication de "plans" pour ça favoriser la réussite en licence...

Oui. Valérie Pecresse en avait lancé un. Geneviève Fioraso poursuit dans cette voie mais avec une nouveauté fondamentale : sa loi doit faciliter l'orientation des bacs techno en IUT et des bacs pros en BTS. Ces bacheliers sont en effet ceux qui échouent le plus en premier cycle universitaire. L'idée est de rationnaliser les flux et des les envoyer dans des filières où ils ont plus de chances de réussir. L'autre axe est évidemment d'améliorer l'accueil des nouveaux étudiants en premier cycle. On va donc essayer de lutter contre cet échec des deux côtés : en dissuadant ceux qui échouent le plus et en aidant mieux ceux qui viennent à la fac.

Avec également des aides matérielles

Oui. Les bourses seront revalorisé de 0,8%. Un nouvel échelon "0 bis" est créé qui permettra à 52.600 étudiants de plus d'avoir une bourse – 1.000 euros / an.

Introduction aussi d'un 7e échelon pour les étudiants issus des familles les plus modestes : 15% pour eux, soit donc 5.500 € par an dès cette année. Autre mesure, 1.000 allocations individuelles supplémentaires (de 4.000 à 5.000 euros) seront versées à 7.000 étudiants en situation d'autonomie

Des efforts aussi côté logement

Geneviève Fioraso a promis 40.000 logements supplémentaires en cinq ans, dont la moitié en Ile-de-France. Dès la rentrée, 8.500 logements seront livrés (4.600 réhabilitations et 3.900 constructions nouvelles). Et l'expérimentation de la nouvelle caution locative étudiante pour 2.000 jeunes dès cette rentrée.

Vous disiez que c'est aussi l'université "à la française" qui est à la croisée des chemins.

Oui car dans il existe désormais un véritable marché mondial de l'enseignement supérieur avec multiplication des classements et nécessité de faire valoir son excellence au regard de canons internationaux.

Avec par exemple le fameux classement de Shanghai, dans lequel la France ne brille pas vraiment...

Oui. On ne brille pas ; ceci dit on progresse. Et ça a été l'enjeu de décisions prises par Valérie Pecresse et avec lesquelles Geneviève Fioraso n'a pas rompu, même si sa philosophie est un peu différente. Le principe, c'est que la plupart de ces classements mettent en avant les capacités de recherche des universités. Pourquoi ? Parce que le modèle de l'excellence dominant aux États Unis est celui de l université de recherche - ce sont ces univérsites dont on connait tous les noms, Harvard, Yale, Stanford ou Berkeley. Or à ce jeu là, l'université à la française est desservie par son organisation et notamment par le fait que de larges pans de la recherche française sont abrités par des organismes autonomes comme le CNRS Ou le CEA. Qu'à t on fait ? Eh bien de manière un peu artificielle mais néanmoins efficace on essaye de regrouper les universités pour accroître quantitativement leur visibilité en matière de recherche. Par exemple à Aix Marseille, Strasbourg ou Lyon, vous n'avez plus comme avant trois ou quatre universités mais une seule entité.

Ca permet donc de cumuler leurs résultats mais est-ce que ça change quelque chose pour les étudiants ?

Ça commence, tout doucement, d'autant que ces fusions se doublent de rapprochements avec les grandes écoles, dans le cadre des Pres. On voit donc bien l'idée générale : rapprocher université et recherche pour monter dans les classements internationaux, rapprocher universités et grandes écoles pour aider les grandes écoles, qui ont moins de capacite de recherche, à se positionner dans les mêmes classements, mais aussi pour créer des ponts , pour les étudiants, entre universités et grandes écoles, et au final refaire de l'université le centre de gravité de l'excellence dans l'enseignement supérieur.

Puisqu'on parle de modèle international : l'université "à la Francaise", c'est aussi la quasi gratuité, et l'absence de sélection... Ça peut tenir ?

Sous un gouvernement de gauche, en principe oui. Mais pour que le modèle garde de l'attractivité, il faut qu'il prouve qu'il peut faire aussi bien que les modèles sélectifs et payants. Sachant que ces modèles pourraient évoluer considérablement dans les années à venir avec le numérique. On a déjà parlé souvent des Moocs, les cours massifs en ligne. Ils font baisser le prix de la matière première que délivré l'université, je veux parler des savoirs. Et certains experts américains prédisent que des dizaines de facs américaines de qualité moyenne vont fermer dans les 10 ou 20 ans à venir car plus personne ne sera prêt à débourser des dizaines de milliers de dollars pour apprendre des choses qu'on trouve gratuitement sur le web. Alors il y a encore loin de la coupe aux lèvres, il faudra notamment qu on puisse obtenir l'équivalent des diplômes actuels via ces Moocs, mais à l'évidence les modèles économiques vont bouger. Genevieve Fioraso en parlera aussi, mais début octobre - elle doit dévoiler sa stratégie sur le numérique.

Ça peut être une façon pour l'Etat de dépenser moins ?

Je ne le crois pas. Toute une partie de l'attractivité des établissements va se jouer, encore plus qu'aujourd'hui, sur la capacité à bien accueillir, à bien encadrer, à bien coacher , a bien loger, les étudiants, sur le terrain, tout cela coûte cher en bâtiments, en équipements, en postes d'enseignants. Malgré les efforts réels de l'Etat ces dernières années les universités restent relativement sous financées, ce qui créé d'ailleurs des tensions parfois vives dans les établissements, et plusieurs d'entre eux sont en grande difficultés financières. Là aussi l'université est à la croisée des chemins et pas seulement en France : elle doit être valable de chercher des financements complémentaire car la crise a vidé les caisses des États. L'argent sera un des nerfs de la guerre des campus.

Source: France Info

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