"Universités et grandes écoles se copient mutuellement"

Président de la Conférence des présidents d'université, Jean-Loup Salzmann, également président de l'université Paris-XIII, défend le modèle universitaire.

Pour attirer les bons élèves, les universités ont-elles d'autres choix que de copier les grandes écoles ?

Ne parlons pas de copier mais plutôt de diffuser des bonnes pratiques. Les grandes écoles se sont développées sur des modèles très professionnalisants. Mais tout le monde sait, et les étudiants s'en aperçoivent lorsqu'ils intègrent une école, que les cours ne sont pas de très bonne qualité. De plus, les étudiants ne font pas de recherche. On a tendance à caricaturer l'université, or l'université, ce n'est que l'excellence. On est tout de même loin de l'image de l'université qui ne serait qu'amphithéâtres sales et surchargés. La réalité est bien différente. Ne restons pas dans les stéréotypes !

Tout de même, les universités s'inspirent des grandes écoles...

En réalité, universités et grandes écoles se "copient" mutuellement. Depuis quinze ans, les universités se sont inspirées des grandes écoles, au sujet de l'insertion professionnelle, avec le succès des licences et des masters professionnels. Nous avons beaucoup travaillé à cela. Les masters sont une réussite formidable, qu'ils soient de recherche, professionnels ou indifférenciés. Aujourd'hui, ces formations insèrent à 93 %. Et tous les étudiants veulent y aller. De leur côté, les grandes écoles se sont inspirées du modèle universitaire, notamment sur la recherche. Et ont signé des conventions avec des universités. En réalité, les deux tendent à se rapprocher.

Les instituts d'administration des entreprises (IAE), les polytech... tout cela concourt aussi à l'excellence des universités ?

Nous n'avons pas copié les grandes écoles. Ces établissements existent depuis bien longtemps. Les écoles d'ingénieurs à l'intérieur des universités forment aujourd'hui 25 % des ingénieurs, et les IAE connaissent un énorme succès. Mais l'excellence numéro un de l'université, c'est le doctorat. Il est reconnu dans le monde. Et en termes de formation, c'est ce qu'il y a de mieux au niveau international. Mais en France, pour des raisons historiques, le titre de docteur n'est pas reconnu, ni dans la fonction publique ni dans l'entreprise. Néanmoins, les mentalités changent depuis quelques années. De fait, aujourd'hui, au sein du Mouvement des entreprises de France, tous les cadres disent qu'il faut que les entreprises reconnaissent le doctorat. Reste maintenant à convaincre les patrons et les directeurs de ressources humaines.

L'ORIENTATION, PROBLÈME NUMÉRO UN

Les très bons élèves ont tendance à délaisser l'université pour les classes préparatoires afin d'intégrer les grandes écoles. Comment les attirer ?

Avec la loi Fioraso votée en début d'été, les classes préparatoires vont être intégrées dans les universités. Dans mon université [Paris XIII-Villetaneuse], nous avons deux classes préparatoires scientifiques et une littéraire. D'autre part plusieurs universités mettent en place des cursus sélectifs (bi-licences, doubles licences...). Bientôt, les universités proposeront un système permettant aux très bons élèves de faire médecine après une licence.

On oppose souvent l'excellence des écoles et l'échec en licence des universités...

Notre problème numéro un n'est pas l'échec en licence mais l'orientation, surtout en première année Certains présidents d'université sont pour la sélection. Je ne vais pas aussi loin mais peut-être faut-il préconiser une orientation prescriptive. Et, dans certains cas, faire comprendre à un lycéen qu'il n'a aucune chance de réussir dans la voie qu'il souhaite suivre.

Finalement, les universités ont-elles quelque chose à envier aux grandes écoles ?

Elles ont à leur envier l'antériorité des réseaux d'anciens que les grandes écoles développent depuis quarante ans, ce que les universités n'ont pas. Or, pour accéder au marché des cadres supérieurs, il faut un réseau, et cela se construit au sein de sa famille, de ses connaissances et des anciens de son établissement. Les universités doivent trouver d'autres systèmes. Nous sommes en train de créer des réseaux d'anciens, nous travaillons avec des directeurs de ressources humaines, des cadres d'entreprises qui ouvrent leurs carnets d'adresses aux étudiants. Mais cela n'a pas la puissance des anciens de l'X ! Notre force, c'est d'avoir 1,5 million d'étudiants ; c'est aussi notre faiblesse car il y a énormément de turn-over. Et s'il y a un attachement à la formation que l'on a suivie, il n'y a pas d'attachement à son université.

Source : Le Monde

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